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SOEUR SAINTE-ANASTASIE ET L’EXAMEN DES NOVICES

En 1848, une jeune novice s’avance dans le chœur. Ses années de noviciat sont achevées et elle a été jugée apte à accéder à la profession par ses supérieures. Ce qui l’attend aujourd’hui est la dernière étape pour devenir pleinement religieuse. Elle s’agenouille devant la grille, derrière laquelle le prêtre lui pose des questions pour tester sa résolution et la solidité de sa vocation. Cette novice est sœur Marie Vitaline Rousseau de Sainte-Anastasie, du Monastère de l’Hôpital général de Québec.

Le chœur des religieuses, Québec, 1930, Le Monastère des Augustines, HG-A-26.23.11.2.37

Le prêtre l’interroge ainsi:

« Ma sœur, êtes-vous bien résolue de quitter le monde, et de vivre et mourir en Religion?

Elle a répondu oui.

N’avez-vous pas été portée et sollicitée d’y entrer par vos parents ou par quelqu’autre personne?

Elle a répondu non.

Est-ce de votre plein gré que vous faites choix de cet état?

Elle a répondu oui.

Avez-vous bien lu et entendu les Règles et les Constitutions de cet Institut, et êtes-vous bien résolue de les observer?

Elle a répondu oui.

Serez-vous contente de vivre et mourir en perpétuelle Clôture?

Elle a répondu oui.

Êtes-vous résolue de ne vous servir pour les confessions ordinaires et extraordinaires, que de ceux dont la Comté se sert, et qui lui sont assignés par la Supérieure?

Elle a répondu oui.

N’avez-vous aucune maladie secrète ou contagieuse ou incurable?

Elle a répondu non.

Serez-vous contente de ne parler à père et mère, ni à aucun parent ou ami sans la permission de votre Supérieure?

Elle a répondu oui.

Serez-vous contente de ne parler à personne de dehors, sans être accompagnée d’une religieuse qui entendra de part et d’autre ce qui sera dit, si ce n’est chose de conscience, et prendra garde à l’exemple et à l’édification que vous donnerez, pour en faire le récit à votre Supérieure après que vous aurez parlé?

Elle a répondu oui.

Serez-vous contente de ne plus écrire ni recevoir aucune lettre, qu’elle ne soit premièrement vue et revue de la Supérieure que Dieu vous donnera?

Elle a répondu oui.

Serez-vous contente, pour satisfaire à l’obéissance ou à la charité des malades, de vous priver quelquefois de la douceur de l’oraison ou du contentement de chanter l’office, pour vaquer à autres exercices qui vous seront pour lors ordonnés?

Elle a répondu oui.

Aurez-vous agréable de ne rien prendre des étrangers, et aussi de ne rien donner sans congé de votre Supérieure?

Elle a répondu oui.

Si quelque présent vous est fait par vos parents ou amis, serez-vous contente que tout soit porté à votre Supérieure et distribué au commun?

Elle a répondu oui.

Serez-vous contente de garder le silence aux temps et lieux ordonnés, et généralement de vous montrer prompte et allègre à toutes les obéissances et pratiques de la religion?

Elle a répondu oui.

N’avez-vous point contracté quelques dettes à l’insu de vos parents? Elle a répondu non. » [1]

Bien que le nombre et la formulation des questions aient pu varier au fil du temps et des lieux, le sens demeure. C’est un engagement à être heureuse de servir et de vivre en communauté, malgré toutes les exigences de don de soi, d’obéissance, d’abnégation et de partage que cela implique. Il importe que ce soit un choix personnel fait en pleine connaissance de cause, et surtout que la religieuse soit contente de son état, afin d’assurer l’harmonie du groupe.

Ce principe prend racine dans les Constitutions de l’Ordre des Augustines hospitalières: « Il est également important et nécessaire pour la conservation de la régularité, de la paix et de la concorde des Monastères, que celles qui demandent à y être reçues soient bien appelées, bien examinées et bien choisies. Et partant, que la Supérieure et les Discrètes examinent diligemment les filles ou veuves qui se présenteront, savoir: si leur vocation vient de Dieu, si sans force ni contrainte, et si elles ont les qualités de corps et d’esprit requises. » [2] Les Constitutions précisent même les traits de caractère qui pourraient motiver un refus.

La demande de chaque aspirante est examinée par la Supérieure et les Discrètes, et son admission soumise au Chapitre des Vocales avant l’entrée au noviciat. Les Discrètes sont des religieuses élues pour seconder la supérieure dans l’administration de la communauté et l’hôpital. Quant aux Vocales, ce sont les religieuses qui ont voix actives lorsque la communauté a à se prononcer sur certaines décisions, comme les élections d’une supérieure. Pour être vocale, la religieuse doit être religieuse de chœur et avoir un minimum de dix ans de profession, c’est-à-dire de vie religieuse. Le Chapitre des Vocales est donc l’assemblée des religieuses répondant à ces critères.

La postulante admise passe solennellement le seuil du cloître en présence de toute la communauté. Le postulat dure un an, et le noviciat deux, ponctués d’examens verbaux qui feront l’objet de délibérations au Chapitre, qui se prononce par vote sur l’admission de la postulante à la vêture, et de la novice à la profession.

Ainsi, les Actes capitulaires du Monastère de L’Hôpital général gardent la trace du cheminement de sœur Ste-Anastasie: elle entre au noviciat le 9 octobre 1846, les discrètes votent favorablement pour son accession à la prise d’habit le 27 mars 1847, elles votent favorablement par premier scrutin pour son admission à la profession le 4 décembre 1847, puis, par dernier scrutin, l’admettent à la profession le 15 avril 1848.

Actes capitulaires, 1848, Québec, Le Monastère des Augustines, HG-A-13.1.3

Sœur Ste-Anastasie, qui fait ici sa profession, suit en religion sa sœur aînée, sœur St-Zéphirin, qui a fait profession au Monastère de l’Hôpital général deux ans plus tôt. Plus tard, en 1873, elles fondent ensemble l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus de Québec, spécialement dédié aux épileptiques et aux orphelins. Elle y sera assistante de la supérieure, supérieure, maîtresse des novices.

Hélène Robitaille


[1] Registre des examens des novices, 1848, Québec, Le Monastère des Augustines, HG-A-13.5.1, p. 180-182.

[2] Constitutions de la congrégation des religieuses hospitalières de la miséricorde de Jésus de l’ordre de Saint-Augustin, 1923, Québec, Le Monastère des Augustines, bibliothèque, p.175.